Endettement de la France : quel président est responsable ?

3 000 milliards d’euros. Ce n’est pas une chimère, mais le montant vertigineux de la dette publique française en 2024. Entre 1995 et aujourd’hui, la France a creusé son déficit sans interruption, franchissant tous les plafonds, même quand la croissance semblait revenir. La règle européenne des 3 % de déficit budgétaire a été régulièrement dépassée, sans que cela ne déclenche la moindre réaction durable de Bruxelles.

L’État n’a pas levé le pied sur les emprunts, même lors des rares embellies économiques. Résultat : la mécanique classique, réduire la dette quand la conjoncture s’améliore, a été totalement inversée. Chaque équipe au pouvoir a posé sa pierre à l’édifice, brouillant la frontière entre aléas économiques et orientations politiques volontaires.

Comment la dette publique a évolué sous chaque président depuis 1995

Depuis le milieu des années 1990, la dette publique française n’a cessé de grimper, franchissant des caps symboliques avec une régularité implacable. Jacques Chirac a inauguré cette période : la dette est passée d’environ 55 % à 64 % du produit intérieur brut (PIB) durant ses deux mandats, soit une envolée de près de 300 milliards d’euros. Les années de croissance n’ont pas suffi à résorber les déficits, plombés par la baisse des impôts et la hausse des dépenses sociales.

Arrive Nicolas Sarkozy, dont le quinquennat se trouve percuté de plein fouet par la crise financière de 2008. C’est une rupture nette : la dette s’envole de 20 points de PIB en cinq ans, pour atteindre 89 % du PIB. Le gouvernement emprunte à tour de bras pour sauver banques et entreprises, creusant un fossé qui ne se refermera pas. François Hollande prend la suite dans un contexte déjà dégradé. Malgré des efforts pour contenir les finances, la dette poursuit sa course et atteint près de 96 % du PIB à la fin de son mandat. Les mesures en faveur de la compétitivité ou les pactes de responsabilité n’inversent pas la tendance.

Puis Emmanuel Macron fait face à la pandémie. En trois ans, la dette française explose, franchissant le cap des 3 000 milliards d’euros et dépassant les 110 % du PIB. Les plans de relance et aides d’urgence, conjugués à la chute des recettes fiscales, propulsent la France parmi les pays les plus endettés de la zone euro. D’un président à l’autre, les contextes varient, mais chacun inscrit son empreinte dans la trajectoire budgétaire du pays.

Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron : quelles politiques économiques face à l’endettement ?

Derrière la montée continue de la dette française, quatre approches se dessinent, chacune révélant une vision du rôle de l’État. Sous Jacques Chirac, on privilégie la dépense publique et la stabilité sociale, sans s’attaquer au cœur du problème. Les lois de finances tentent de limiter les dégâts, mais le déséquilibre entre recettes et dépenses s’installe. La France vit à crédit, avec une croissance atone.

Nicolas Sarkozy, quant à lui, doit affronter la tempête de 2008. L’État intervient massivement pour soutenir le tissu économique, injectant des sommes colossales.

Parmi les mesures adoptées pour soutenir l’économie, on retrouve :

  • Des plans de relance à plusieurs milliards d’euros
  • La suppression de la publicité sur France Télévisions
  • La défiscalisation des heures supplémentaires

Mais la réduction des recettes fiscales aggrave le déséquilibre. L’objectif d’assainir les comptes publics cède devant l’urgence.

François Hollande hérite d’une marge de manœuvre réduite. Il mise sur le pacte de responsabilité et l’allègement des charges pour les entreprises, tout en cherchant à maîtriser la dépense de l’État. Mais la croissance reste timide, le chômage élevé, et les arbitrages budgétaires se font sous contrainte.

Avec Emmanuel Macron, le choc du Covid change tout. L’exécutif assume le « quoi qu’il en coûte » : aides d’urgence, plans de soutien, mesures exceptionnelles. La dette bondit à plus de 110 % du PIB. Le pari : que la croissance future efface ces excès. Chacun de ces choix, loin des promesses, révèle l’équation quasi insoluble entre ambition sociale, compétitivité et rigueur budgétaire.

Comparatif : efficacité et conséquences des choix budgétaires sur l’économie française

Sous Jacques Chirac, la priorité est donnée à la stabilité sociale, mais au prix d’une dette qui ne cesse de grossir. Entre 1995 et 2007, le ratio dette/PIB grimpe de 55 % à près de 65 %, sans réforme d’envergure pour corriger la trajectoire. La France s’inscrit dans la tendance européenne, sans pour autant enclencher de véritable adaptation structurelle.

La donne change brutalement avec Nicolas Sarkozy et la crise de 2008. Le choc conjoncturel fait exploser la dette française de plus de 20 points de PIB en cinq ans. Les mesures d’urgence évitent la catastrophe, mais la facture est salée : le service de la dette engloutit des milliards d’euros d’intérêts, réduisant la latitude budgétaire pour les années suivantes.

François Hollande tente de freiner l’emballement. Il combine allégement du coût du travail et modération des dépenses publiques. Résultat : la progression annuelle de la dette ralentit, elle dépasse les 95 % du PIB mais la courbe cesse de s’accélérer. Néanmoins, la croissance reste décevante et le chômage s’installe, alimentant la défiance.

Emmanuel Macron, lui, fait face à la pandémie avec une réponse hors-norme. Le « quoi qu’il en coûte » fait franchir à la France la barre des 110 % de dette sur PIB. Les taux d’intérêt extrêmement bas limitent l’impact immédiat, mais la récente remontée des taux interroge sur la capacité à supporter durablement cette charge. Le coût du service de la dette atteint des records chaque année, rendant tout retour à l’équilibre budgétaire plus incertain.

Jeune femme d affaires française travaillant dans un café parisien

Dette publique : qui la détient et pourquoi suscite-t-elle autant d’inquiétudes ?

Qui possède la dette française ? La réponse ne se limite pas aux seuls documents de la Banque de France. Environ la moitié des titres de dette émis par l’Agence France Trésor sont dans les mains d’investisseurs étrangers. Banques centrales, fonds souverains, investisseurs institutionnels du monde entier détiennent une part massive de la dette française. Les banques, assurances et sociétés de gestion françaises complètent la liste, mais ils ne sont plus majoritaires depuis longtemps.

La banque centrale européenne (BCE) occupe désormais une position clé. Grâce à ses achats massifs de titres publics, elle détient, directement ou via les banques, une part imposante des obligations d’État françaises. Ce mécanisme a permis de maintenir les taux d’intérêt à un niveau historiquement bas, protégeant la France d’une envolée du coût de la dette. Mais cette dépendance à Francfort n’est pas sans risque : un changement de cap de la BCE, et la charge financière grimpe aussitôt.

L’origine géographique des détenteurs de la dette Maastricht révèle une exposition forte aux marchés internationaux. Selon les données du premier trimestre 2024, 54 % des titres sont détenus par des non-résidents. Au moindre signal négatif sur la capacité de la France à rembourser, la tension monte sur les taux, et tout le budget de l’État peut s’en trouver bousculé. Cette fragilité structurelle expose la France à la volatilité des marchés mondiaux, où la confiance se gagne difficilement et peut se perdre en un instant.

Qui portera le poids de ces choix ? La réponse reste suspendue, comme la dette elle-même, au-dessus de nos têtes : un équilibre précaire, à la merci du moindre souffle venu des marchés ou des urnes.

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