Un panier abandonné, une wishlist interminable : à chaque clic, le récit du genre se réécrit sous nos yeux. Qui, entre hommes et femmes, craque le plus volontiers pour l’achat en ligne ? Dès que la facture tombe, les clichés s’effritent et les certitudes vacillent.
Escarpins ou smartphones dernier cri, rouges à lèvres ou montres connectées, la partie se joue à huis clos : dans les foyers, chacun façonne ses habitudes de dépense, souvent à l’abri des regards. Mais si l’on se penche sur les motifs, les stratégies, les repères hérités de générations, le portrait du e-shopper révèle bien des surprises. Loin des stéréotypes, ce sont d’autres logiques qui se dessinent. Le shopping en ligne, c’est aussi un terrain où les codes se négocient en silence, bousculant peu à peu les repères établis.
Panorama des différences de consommation entre hommes et femmes
Dans l’univers de la vente en ligne, la question du genre ne se résume pas à quelques chiffres. L’Observatoire Cetelem et l’Insee, en France comme en Europe, dessinent des tendances qui ne trompent pas :
Pour mieux comprendre, voici comment se répartissent les habitudes selon le genre :
- Les femmes privilégient la régularité : vêtements, cosmétiques, objets pour la maison, décoration. Le montant dépensé à chaque achat reste modéré, mais la répétition des commandes pèse au fil du temps.
- Les hommes optent pour l’efficacité : moins d’achats, mais des dépenses plus élevées à chaque transaction. L’électronique, l’informatique, les loisirs numériques dominent leur panier, tirant la moyenne vers le haut.
Impossible d’ignorer le poids de la répartition des tâches domestiques : la gestion du foyer, souvent assumée par les femmes, influence les catégories de produits commandés. Un détail révélateur de la façon dont nos habitudes numériques restent ancrées dans la vie quotidienne.
Comparer qui dépense le plus exige de regarder au-delà de la simple addition : fréquence, nature des produits, objectif de l’achat, tout compte. Les études montrent que les femmes achètent aussi régulièrement pour autrui, enfants, partenaires, proches, brouillant la frontière entre dépenses personnelles et familiales.
La vieille caricature de la « dépensière » ne résiste pas à l’examen : diversité des comportements, distribution des responsabilités et poids de la culture l’emportent sur les généralisations faciles.
Qui dépense vraiment le plus en ligne : chiffres, tendances et surprises
Les analyses menées par Crédit Coopératif et Toluna Harris Interactive jettent un éclairage nuancé. En France, les hommes affichent environ 2 450 € de dépenses annuelles sur internet, contre 1 950 € pour les femmes. Cet écart s’explique surtout par le type d’achats privilégiés : high-tech, équipements, loisirs plus onéreux pour les hommes.
Deux grandes tendances se dégagent :
- Côté femmes, la mode, la beauté, la maison ou les services du quotidien dominent, avec une fréquence d’achat élevée qui fait toute la différence.
- Côté hommes, la technologie, l’informatique et les loisirs restent les catégories reines : chaque passage à la caisse pèse, même si les achats sont moins nombreux.
Autre fait marquant : sur des plateformes comme Amazon, les écarts de genre s’estompent chez les moins de 35 ans. Dans les grandes villes, le montant moyen par commande grimpe, porté par les abonnements, le streaming ou la livraison express. À la campagne, le réflexe reste centré sur l’achat d’objets concrets.
L’arrivée massive des services et produits numériques redistribue les cartes. Les achats se personnalisent, les repères de genre s’affaiblissent, et le e-commerce devient le laboratoire d’une transformation profonde des comportements.
Au-delà des statistiques : ce que révèlent les comportements d’achat sur le web
Les pourcentages ne racontent qu’une facette de la réalité. Derrière chaque panier validé, la consommation en ligne se construit sur des logiques héritées, des ajustements discrets, des stratégies parfois insoupçonnées.
Les géants du e-commerce l’ont bien compris : segmentation, ciblage, personnalisation rythment désormais l’expérience client. Notifications ciblées, promotions selon le profil, mise en avant de nouveautés techniques ou de produits pour la maison… Le marketing numérique prolonge la division sexuelle du travail, orientant les choix bien avant le clic final.
Dans les grandes villes telles que Paris ou Toulouse, les usages se recentrent sur les services numériques : livraison accélérée, abonnements multiples, consultations à distance. Tout s’accélère, tout se digitalise.
Dans les territoires moins urbains, l’achat en ligne reste d’abord matériel, mais la montée en puissance des services numériques commence à reconfigurer les habitudes.
L’Observatoire Crédit Coopératif-Viavoice met en avant un basculement progressif : internet gomme lentement les différences de genre, mais certains schémas persistent. Les femmes continuent, par la force des choses, de gérer le foyer jusque dans leurs paniers en ligne ; les hommes, eux, investissent davantage les univers technologiques, prolongeant une forme de spécialisation des rôles.
À l’échelle européenne, ces tensions demeurent palpables, même si l’équilibre s’annonce peu à peu. Les plateformes, armées d’algorithmes toujours plus affinés, peuvent renforcer ou bouleverser ces lignes invisibles.
Écran refermé, panier validé ou liste d’envies toujours intacte : chaque achat virtuel révèle une part de notre époque, entre inertie et changement. Le prochain clic signera-t-il la fin des vieux clivages ? Seul l’avenir, et nos paniers, en décideront.


