Comparer la superficie des pays à différentes époques revient à mesurer l’amplitude des bouleversements politiques qui ont redessiné la carte du monde. Certaines frontières, tracées en quelques semaines lors d’un congrès diplomatique, ont défini des territoires pour des siècles. D’autres, imposées par la guerre ou la décolonisation, ont fragmenté des empires dont la superficie dépassait celle de continents entiers.
Superficie des grands empires et États modernes : un tableau comparatif
La notion même de superficie nationale n’a de sens stable que depuis l’apparition des États modernes, dits westphaliens, au XVIIe siècle. Avant cela, les frontières restaient des zones floues, des « marches » défensives plutôt que des lignes continues sur une carte.
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Le tableau ci-dessous met en regard quelques entités territoriales majeures et leur emprise géographique à leur apogée, comparée à la superficie actuelle de l’État successeur principal.
| Entité historique | Période d’apogée | Emprise approximative | État successeur principal aujourd’hui |
|---|---|---|---|
| Empire russe | Fin du XIXe siècle | Plus d’un cinquième des terres émergées | Russie (plus grand pays actuel) |
| Empire ottoman | XVIe-XVIIe siècle | Trois continents (Europe, Asie, Afrique) | Turquie |
| Empire colonial français | Années 1930 | Deuxième empire colonial par la surface | France |
| Empire colonial britannique | Années 1920 | Premier empire colonial par la surface | Royaume-Uni |
La Russie reste le pays le plus étendu au monde, mais sa superficie actuelle ne représente qu’une fraction de l’ancien empire. La Turquie, héritière de l’Empire ottoman, occupe un territoire bien plus réduit que l’espace autrefois contrôlé depuis Istanbul.
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Traités et congrès : quand la diplomatie redessine la superficie des pays
Les grandes reconfigurations territoriales ne sont pas toujours le fruit de conquêtes militaires directes. Des décisions prises autour d’une table de négociation ont souvent eu plus d’impact sur la carte du monde que des années de guerre.
Le partage colonial de l’Afrique
La conférence de Berlin (1884-1885) a découpé le continent africain entre puissances européennes en traçant des frontières rectilignes, souvent sans tenir compte des réalités ethniques ou géographiques locales. Ces tracés coloniaux définissent encore la majorité des frontières africaines actuelles.
Le résultat : des États dont la superficie et la forme reflètent davantage les rapports de force entre Paris, Londres et Berlin que la géographie du continent.
La dislocation de l’Empire ottoman après 1918
Les accords Sykes-Picot (1916), puis le traité de Sèvres (1920) et le traité de Lausanne (1923), ont fragmenté l’espace ottoman en une mosaïque d’États au Moyen-Orient. La Turquie moderne, issue de la guerre d’indépendance menée par Mustafa Kemal, a conservé l’Anatolie et une portion de la Thrace orientale en Europe.
Le traité de Lausanne a fixé les frontières turques toujours en vigueur. Les autres territoires sont devenus la Syrie, l’Irak, la Jordanie, le Liban, sous mandats français ou britannique.
Éclatement de l’URSS et recomposition des frontières en Europe
La dissolution de l’Union soviétique en 1991 constitue le dernier grand bouleversement territorial du XXe siècle en termes de superficie. Quinze nouveaux États ont émergé d’un territoire qui couvrait plus d’un sixième des terres émergées.
La Russie a conservé la plus grande part, mais des pays comme l’Ukraine, le Kazakhstan ou les États baltes ont récupéré des frontières qui avaient été effacées pendant des décennies.
- Les États baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) ont retrouvé les frontières de leur indépendance d’avant 1940, malgré leur petite superficie
- Le Kazakhstan est devenu le neuvième plus grand pays du monde par la surface, alors qu’il n’existait pas en tant qu’État souverain avant 1991
- L’Ukraine a hérité de frontières incluant la Crimée, rattachée à la République socialiste d’Ukraine en 1954 par une décision administrative soviétique
Ce dernier point illustre comment une modification interne, sans aucune guerre à l’époque, a produit des conséquences géopolitiques majeures des décennies plus tard.

Zone économique exclusive : la superficie invisible des États
Les contenus sur la superficie des pays se limitent presque toujours aux frontières terrestres. La dimension maritime transforme pourtant le classement mondial de manière significative.
Depuis la Convention de Montego Bay, chaque État côtier peut revendiquer une zone économique exclusive (ZEE) s’étendant jusqu’à 200 milles marins au-delà de ses côtes. Cet espace confère des droits d’exploitation sur les ressources naturelles, sans modifier la souveraineté territoriale au sens classique.
La France, grâce à ses territoires d’outre-mer répartis dans les océans Pacifique, Atlantique et Indien, possède la deuxième ZEE mondiale. Sa superficie maritime dépasse largement sa superficie terrestre, ce qui en fait une puissance géographique mondiale d’un genre que la simple carte des frontières hexagonales ne laisse pas deviner.
Au cours des années 2010 et 2020, plusieurs États (dont la France, le Royaume-Uni et la Russie) ont déposé des demandes officielles d’extension de plateau continental auprès de la Commission des limites du plateau continental de l’ONU. Ces procédures visent à élargir encore les zones d’exploitation sans modifier les frontières terrestres.
- La ZEE permet d’exploiter les ressources halieutiques et les fonds marins dans un périmètre défini par le droit international
- Les demandes d’extension de plateau continental peuvent augmenter de façon non négligeable l’espace d’exploitation d’un État
- Des différends sur les ZEE existent entre de nombreux pays voisins, notamment en mer de Chine méridionale et en Méditerranée orientale
Reconnaissance internationale et frontières contestées
La superficie d’un État dépend aussi de qui la reconnaît. Plusieurs territoires dans le monde font l’objet de revendications contradictoires, et leur inclusion ou exclusion modifie les calculs de surface.
Le cas le plus documenté concerne la difficulté à classer la Chine et les États-Unis dans un ordre précis de superficie mondiale, en fonction de l’inclusion ou non de certains espaces disputés ou de la méthode de calcul (superficie totale incluant les eaux intérieures, ou superficie terrestre seule).
Le classement mondial par superficie varie selon la source et la méthodologie retenue. Cette incertitude, loin d’être anecdotique, reflète le fait que les frontières restent des constructions politiques autant que géographiques.
Les frontières qui ont « tout changé » ne sont pas seulement celles des grandes guerres. Des accords diplomatiques, des décisions administratives internes à des empires disparus, et des conventions maritimes récentes continuent de modifier ce que signifie la superficie d’un pays. La carte du monde n’est jamais définitive, et le droit international produit aujourd’hui des reconfigurations aussi structurantes que les conquêtes d’hier.

